Une pizza napolitaine se pétrit avec une farine de blé tendre type 00 ou type 0, de force moyenne, et une eau qui pèse 56 à 62 % du poids de farine. Le type décrit la finesse de mouture, jamais la qualité : c’est la force boulangère, notée W, qui décide si la pâte tiendra huit heures ou vingt-quatre heures de maturation.
Ce que le cahier des charges napolitain impose
Le disciplinare de l’Associazione Verace Pizza Napoletana, référence de la pizza napolitaine artisanale, ne laisse aucune ambiguïté sur la matière première : farine de blé tendre tipo 00 ou tipo 0, eau, sel marin, levure. Rien d’autre n’entre dans la pâte.
Les proportions publiées par l’association dessinent le cadre de travail :
- 1,6 à 1,8 kg de farine pour 1 litre d’eau, selon la capacité d’absorption du lot.
- 40 à 60 g de sel et 0,1 à 3 g de levure de bière fraîche pour ce même litre.
- Fermentation totale de 8 à 24 heures, avec jusqu’à 4 heures de travail supplémentaires.
- Pâtons de 200 à 280 g, étalés à la main jusqu’à 35 cm de diamètre maximum.
- Cuisson entre 430 et 480 °C pendant 60 à 90 secondes, pour un bord de 1 à 2 cm.
Ce ratio se traduit directement en hydratation : un litre d’eau pour 1,8 kg de farine donne près de 56 %, pour 1,6 kg environ 62 %. Une farine capable de boire cette eau sans se liquéfier devient donc le premier filtre d’achat. La cuisson en 90 secondes à près de 480 °C, de son côté, réclame une pâte qui gonfle vite et colore sans noircir.
Type 00 ou type 0 : ce que mesure la classification italienne
Le chiffre inscrit sur le sac italien ne dit rien de la performance en pétrin. Il traduit un taux de cendres, mesuré après incinération d’un échantillon : plus le résidu minéral est bas, plus la farine est raffinée, dépouillée des enveloppes du grain.
Le DPR 187/2001 italien fixe les seuils : tipo 00 plafonne à 0,55 % de cendres sur la matière sèche pour 9 % de protéines minimum, tipo 0 à 0,65 % pour 11 %, tipo 1 à 0,80 % et tipo 2 à 0,95 %, chacune avec 12 % de protéines minimum. L’intégrale se situe entre 1,30 et 1,70 %.
La France applique une logique identique avec une numérotation inversée, héritée du décret du 13 juillet 1963, la mesure suivant la norme NF V03-720 par incinération à 900 °C. D’où la confusion permanente entre les deux marchés.
Quel équivalent français pour une tipo 00 ?
| Farine italienne | Cendres maximum | Protéines minimum | Correspondance française |
|---|---|---|---|
| Tipo 00 | 0,55 % | 9 % | T45, bas de plage T55 |
| Tipo 0 | 0,65 % | 11 % | T55 |
| Tipo 1 | 0,80 % | 12 % | T65 |
| Tipo 2 | 0,95 % | 12 % | T80 |
Source : DPR 187/2001 pour l’Italie, décret du 13 juillet 1963 pour la France.
La mouture fine d’une tipo 00 sert un objectif précis : peu de son, donc peu de particules coupantes pour le réseau de gluten, et une pâte qui s’étale à la main sans se déchirer. Le prix de cette finesse reste une farine moins parfumée qu’une tipo 1, que certains pizzaïolos réintroduisent à hauteur de 10 ou 20 % pour retrouver du goût.

La force W, le critère qui décide de la maturation
W mesure le travail nécessaire pour gonfler puis rompre une bulle de pâte, sur un alvéographe Chopin. La valeur agrège tenacité et extensibilité : une farine faible cède vite, une farine forte résiste longtemps et retient le gaz produit par la levure pendant des heures.
Les farines dédiées à la pizza napolitaine se concentrent dans une zone moyenne. La Caputo Pizzeria tipo 00, référence la plus répandue dans les pizzerias françaises, annonce une valeur W de 260 à 280 pour 12,50 % de protéines et un rapport P/L de 0,50 à 0,60, selon les données publiées par Mulino Caputo.
Où lire la valeur W
Le paquet de supermarché reste muet sur ce point : la mention figure sur la fiche technique du meunier, parfois sur le sac professionnel de 25 kg. Un fournisseur sérieux la transmet sans discuter, avec le rapport P/L et le taux de protéines du lot. Un vendeur incapable de fournir ce document vend une farine dont personne ne peut prévoir le comportement.
Accorder la force au temps de maturation
Les repères d’atelier, à recouper avec la fiche du meunier lot par lot, tiennent en trois paliers :
- Pousse courte de 8 à 12 heures à température ambiante : une farine de force modérée suffit, la pâte n’a pas le temps de se dégrader.
- Protocole de 24 heures, dont une partie au froid : la zone 260 à 280 correspond au standard napolitain.
- Maturation longue de 48 à 72 heures : au-delà de 300, la farine encaisse sans que le réseau de gluten ne se relâche.
Une farine trop forte pour un protocole court donne une pâte nerveuse qui se rétracte sous les doigts et refuse de s’étaler. À l’inverse, une farine faible poussée sur 48 heures finit collante, impossible à manipuler à la pelle.
Protéines, P/L et absorption : décoder la fiche technique
Le taux de protéines annonce le potentiel de gluten, sans le garantir : la qualité des protéines compte autant que leur quantité. Les farines de pizzeria italiennes se situent le plus souvent entre 12 et 13,5 %, quand une T55 française de boulangerie tourne plus bas.
Le rapport P/L complète le tableau. P mesure la tenacité, L l’extensibilité. Un P/L autour de 0,50 à 0,60, comme celui relevé sur la gamme Caputo Pizzeria, donne une pâte extensible, condition d’un disque étalé à la main et d’un bord qui se forme sans déchirure. Un P/L élevé produit une pâte élastique qui revient toujours à sa position de départ.
Reste l’absorption d’eau, la donnée qui relie tout le reste. Elle détermine combien de litres la farine encaisse avant de perdre sa structure, et explique la fourchette de 1,6 à 1,8 kg du disciplinare. Deux lots du même moulin peuvent varier de plusieurs points selon la récolte, ce qui justifie un pétrissage d’essai à chaque changement de palette.
Un dernier repère se lit rarement sur les fiches françaises : le temps de chute, ou falling number, qui traduit l’activité enzymatique du blé. Une valeur basse signale un grain germé, dont les amylases dégradent l’amidon et rendent la pâte molle après quelques heures de pousse. Les meuniers italiens spécialisés dans la pizza surveillent cette donnée de près, car elle conditionne la tenue des pâtons sur une nuit de maturation.
Choisir selon le four et le protocole
La farine ne se choisit pas dans l’absolu, mais en fonction de la source de chaleur.
Four à bois ou four à gaz de pizzeria
À 450 °C, la pâte cuit en 60 à 90 secondes. Une farine à force moyenne et bien maturée développe alors ses sucres au bon rythme, produisant les taches sombres caractéristiques du bord napolitain. Une farine trop riche en sucres résiduels brûle avant que le cœur ne soit cuit.
Four domestique de 250 à 300 °C
La cuisson s’étire sur 5 à 8 minutes, ce qui dessèche la pâte. Deux ajustements compensent :
- Monter légèrement l’hydratation, vers le haut de la fourchette du disciplinare.
- Choisir une farine de force plus modeste et raccourcir la maturation, la pâte n’ayant pas besoin de tenir une chaleur extrême.
Le mélange tipo 00 et tipo 1, à hauteur de 15 % environ, apporte du goût et une coloration plus rapide, utile quand le four plafonne.

Acheter et stocker en pizzeria
Le format professionnel standard reste le sac papier de 25 kg. Mulino Caputo indique une conservation de 12 mois pour sa gamme, à condition de stocker au sec, à l’abri de la lumière et des variations de température, jamais à même le sol.
Trois réflexes de gestion protègent la constance du produit :
- Tenir une rotation du stock stricte, le lot le plus ancien attaqué en premier.
- Noter le numéro de lot du sac en cours et le relier au comportement de la pâte, pour identifier vite une dérive.
- Commander chez un fournisseur capable de garantir la même référence sur plusieurs mois, plutôt que de subir des substitutions.
Ce dernier point rejoint la méthode de sélection détaillée dans notre guide pour approvisionner une pizzeria : la régularité du lot pèse davantage que le prix au kilo affiché. Les mêmes exigences documentaires valent pour l’ensemble des matières premières transalpines, comme le rappelle notre panorama du grossiste alimentaire en Italie.
La farine ne travaille jamais seule sur une carte italienne. La logique d’achat appliquée aux pâtes fraîches artisanales vaut ici, et le choix du fromage suit une grille comparable, développée dans notre comparatif entre Parmigiano Reggiano et Grana Padano.
Le choix en pratique
Pour un protocole napolitain de 24 heures dans un four à plus de 400 °C, visez une tipo 00 de force moyenne, autour de 12,5 % de protéines et d’un P/L proche de 0,55. Pour un four domestique, descendez en force et raccourcissez la maturation.
Prochaine étape : demandez la fiche technique de votre farine actuelle, relevez sa valeur W, puis comparez-la au temps de pousse réellement pratiqué en cuisine. L’écart entre les deux explique la plupart des pâtes capricieuses.
